Le Jardin

Ce travail est le résultat de 3 résidences réalisées entre 2008 et 2010 dans les Lycées Agricoles de Saint Rémy de Provence, d'Antibes et de Digne-Carméjane. Il s'agissait de produire à la fois une série de photographies de paysage du patrimoine rural et paysager en Provence Alpes Côte d'Azur, et d'associer les élèves des Lycées à la création d'une œuvre commune.
La thématique choisi était : Le geste comme acteur du paysage.


« La planète est presque entièrement jardinée.
On peut assimiler la totalité de la surface planètaire
à un lieu sous observation, un jardin. »
Gilles Clément, Toujours la vie invente

contexte

Suite à une volonté de la DRAC PACA de documenter le patrimoine rural et paysager, associé à une envie de la DRAF d'installer des artistes en résidence dans les Lycées agricoles de la région, il a été proposé à Geoffroy Mathieu de photographier les paysages ruraux sur les trois territoires des Lycées.
Dans chaque résidence, le protocole fût le même.

La première étape fût de constituer des séries d'images en s'attachant à documenter la particularité de chacun des paysages parcourus en choisissant un élément patrimonial du paysage révélateur de son évolution contemporaine.

A Saint-Rémy de Provence, le choix s'est porté sur le système de haies de séparation des parcelles agricoles. Elles agissent dans le paysage comme révélateur d'une redistribution et d'une requalification des espaces. L'usage du territoire glisse lentement du productif au récréatif voir spéculatif, ce qui se ressent par une tendance à la fermeture des paysages et donc à une réduction de nos champs visuels.

A Antibes , les serres azuréennes se sont imposées comme l'élément patrimonial et paysager idéal. En effet, les serres horticoles ont fortement marqué l'identité paysagère du littoral et du moyen pays azuréen. L'urbanisation a depuis emparée de presque tout le territoire, la pression immobilière a transformer le paysage, les serres apparaissent maintenant comme vestige d'un temps agricole.

A Digne, sur le territoire qu'utilise la ferme pédagogique du Lycée, les images réalisées dressent un état des lieux d'un espace qui subit des bouleversements dus aux évolutions de l'activité rural contemporaine. Ici une des problématiques paysagères est la redistribution des espaces entre la forêt, les parcelles cultivées et les champs pour les pâtures ovines. Le recul de l'agriculture, les reboisements, la modification des pratiques culturales ont modifiés les paysages. Il en résulte une tendance à la fermeture des paysages, au recul des alpages.

Dans un deuxième temps, les élèves ont choisi parmi ces séries, certaines images sur lesquelles ils souhaitaient intervenir.
A la suite d'échanges entre le photographe, les professeurs d'aménagements paysagers, le professeur d'éducation socio-cultrurelle et les élèves, ceux-ci ont décidé des types d'intervention qu'ils désiraient effectuer, en fonction de leur compétences, des enjeux environnementaux et des contraintes de sécurité. Les actions menées ne sont donc pas a priori d'ordre plastique, chaque intervention a sa raison d'être, son utilité et sa cohérence technique dans le cadre des compétences acquises dans leur cursus. A l'issu des interventions une reconduction de la vue initiale a été produite. Il y a donc eu collaboration entre l'artiste et les élèves pour produire une œuvre originale dans laquelle chacun a apporté ses compétences à l'autre.

texte de présentation de l'exposition de Saint Rémy de Provence, 2009

La volonté de Geoffroy Mathieu à travers ce projet et dans cette exposition est de réaffirmer auprès des élèves mais aussi à chacun d'entre nous quelques vérités simples concernant le paysage :
- le paysage est une matière vivante, à chaque instant la lumière, le vent, la pluie, le temps qui passe change, parfois finement, la perception que l'on a du paysage.
- le paysage est un jardin que l'homme arpente, cultive, organise, abandonne, bâti, détruit, pollue. De quelques natures que soient ces actions, le paysage est marqué, organisé depuis le commencement par l'homme. Ou que l'on soit, en France, une trace de l'homme est visible. Cela nous questionne alors sur ce que l'on entends vraiment par paysage « naturel ».
- Un espace, un lieu, un territoire est toujours un paysage (pourvu que l'on veuille bien le regarder), lorsque l'on intervient, comme professionnel, amateur, touriste, vacancier ou simple passant il en résulte un changement plus ou moins pérenne, on participe à son évolution. Il ne s'agit pas de porter un jugement moral sur ces gestes mais simplement de prendre conscience qu'avec le paysage rien n'est invisible. Il faut simplement réapprendre à regarder, avant, après son passage. La prise de conscience de notre incidence sur ces paysages nous mènera alors naturellement à la retenue.
GM 2009

Ces résidences ont données lieu à 3 types de production,
- une série d'images au format 68 X 80 cm (paysages)
- 6 dyptiques 110 X 135 cm (avant et après intervention des élèves)
- 6 videos (intervention des élèves)



Intervention 01, Route de Lagoy, Saint-Rémy de Provence, 2008


Paysages et diptyques :

diptyque intervention 1 diptyque intervention 02 diptyque intervention 03