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Avenue Cap Pinède / A55, Marseille, novembre 2014

Traverse de Parengon, Marseille, novembre 2014

Chemin de la Madrague ville, Marseille, juin 2015

Porte de Paris, Saint-Denis, juin 2015

Avenue Cap Pinède / A55, Marseille, juin 2015

Grand Littoral, rond point du docteur Maria, Marseille, juin 2015

Sous l’A1, Porte de Paris, Saint-Denis, janvier 2016

Fort de l’Est / rue Saint-Denis, Saint-Denis, juin 2015

Esplanade sous Grand Littoral, Marseille, mars 2015

Voie d’Allemagne, Saint-Victoret, juin 2015

Avenue Cap Pinède / A55, Marseille, novembre 2014

Stade Saint-Menet, Chemin du Mouton, Marseille, octobre 2015

Campus Paris Est Marne-la Vallée, Avenue Ampère, Champs-sur-Marne, janvier 2016

Voies abandonnées de la petite ceinture, Boulevard Ney, Porte de Clignancourt, Paris, janvier 2016

nimby
une collection de dispositifs anti-installation

Série réalisée en binôme avec Jordi Ballesta, géographe et photographe.
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Dans les agglomérations parisienne et marseillaise notamment, la formation de bidonvilles a engendré des régimes d’habitation dérogeant aux idéologies territoriales en vigueur, qu’elles soient d’émanation nationale ou locale. Bien que ces bidonvilles soient le plus souvent positionnés dans des interstices résiduels, dans des parcelles périphériques et dans des angles morts de l’aménagement, les pouvoirs publics, municipaux ou préfectoraux, les suppriment à terme. Ils rendent par la suite inaccessibles et inhabitables, au possible, les terrains où ils avaient été constitués. En grillageant, en murant, au moyen de labours, de creusements, mais aussi par le dépôt de monticules, de traverses et par des enrochements, les surfaces auparavant construites ne peuvent dorénavant plus l’être. Non seulement, les véhicules ne peuvent plus y pénétrer, mais l’irrégularité du terrain techniquement exacerbée ne permet plus de s’y installer, même de manière étroitement contrainte.

C’est à propos de ces terrains et des problématiques territoriales qu’ils véhiculent que nous développons la série NIMBY – Une collection de dispositifs anti-installation, depuis un an et demi. Les objections de type NIMBY, acronyme de Not In My Back Yard, proviennent en effet d’une idéologie de la cohérence territoriale, à partir de laquelle sont refusées des implantations exogènes. Outre le fait qu’elles suscitent d’ordinaire des mouvements sociaux privés et localisés, en réaction à des projets d’aménagement indésirés, elles expriment une volonté de conserver un régime d’habitation propre à un territoire balisé. Pour ce qui concerne notre série, les réactions territoriales ne sont aucunement générées par des projets d’établissement industriel, de voie de communication, d’infrastructure énergétique ou d’équipement visant au traitement des déchets. Ce sont des régimes d’occupation foncière et d’habitation, aussi bien précaires que non réglementaires, qui mobilisent à leur encontre les pouvoirs publics, motivent leurs actes de démolition et la mise en œuvre de dispositifs anti-installation.

Ainsi, même si NIMBY donne à voir des fragments de paysage et même si elle repose sur une exigence d’ordre topographique, cette série vise tout d’abord à documenter des procédés territoriaux. Ceux-ci véhiculent une variété raisonnée de savoir-faire, dont la finalité est de maintenir la cohérence, et concomitamment, d’exclure ce qui est par trop hétérogène. En l’occurrence, ils tendent à armer les parcelles concernées, afin qu’après extirpation, toute nouvelle introduction soit prévenue, dissuadée et empêchée.

En vue de rendre compte de l’ensemble de cette collection de procédés territoriaux, nous avons localisés, arpentés et photographiés depuis l’automne 2014 dix-huit sites soustraits à de possibles réinstallations et ré-habitations. A proximité de l’avenue du Cap Pinède, du chemin de la Madrague, de la voie d’Allemagne, du Fort de l’Est, de la Porte de la Chapelle ou du chemin du Cornillon, dans les communes de Paris, Marseille, Champs-sur-Marne, Saint Victoret, etc., ces sites avaient été principalement habités par des roms, selon les informations qui nous ont été données par des acteurs du secteur associatif. Car ce ne sont pas les bidonvilles, tels qu’ils sont habités et s’intègrent, se dissocient, se confrontent à leur environnement urbain, qui sont l’objet de nos investigations. Chronologiquement, les dispositifs anti-installation que nous avons cherché à collecter, saisir et documenter ont été mis en place après expulsion et démolition. NIMBY n’a pas pour sujet l’habitation d’un territoire, mais bien comment des parcelles urbaines sont dégradées de l’intérieur et équipées de l’extérieur, afin en un sens d’être neutralisées et ne plus être le point de départ de remises en cause territoriales.

Enfin, NIMBY – Une collection de dispositifs anti-installation participe d’une tentative de partage photographique et géographique. A partir des compétences visuelles, empiriques et spatiales de ses deux auteurs, plutôt photographe pour l’un, plutôt géographe pour l’autre, il s’est agi non seulement de déplacer le projet photographique du paysage vers le territoire, mais aussi d’éprouver en commun un art de la pratique du terrain, que des géographes et des photographes, dits de manière sûrement conventionnelle de paysage, sont à même de faire converger.